À l'aube de mes trente ans
Aujourd'hui, je souffle mes vingt-neuf bougies. La dernière année de ma vingtaine.
Pendant longtemps, cette phrase m'aurait probablement donné le vertige. J'avais cette idée, sans doute un peu naïve, que la trentaine était une frontière. L'âge où l'on était censé avoir trouvé sa voie, construit sa vie, compris qui l'on était et où l'on allait.
Comme si, à trente ans, toutes les réponses devaient enfin apparaître.
Aujourd'hui, je souris en repensant à cette vision des choses. Parce que je réalise que je n'ai pas toutes les réponses. Et surtout… je réalise que je suis enfin en paix avec ça.
Il y a quelques années encore, j'avais besoin de savoir. J'avais besoin d'avoir un plan, une direction, une certitude. Je voulais connaître la prochaine étape avant même d'avoir terminé la précédente. Je regardais souvent devant moi en me demandant si j'étais en avance, en retard ou simplement sur le mauvais chemin.
J'avais l'impression qu'il existait une chronologie à respecter. Qu'à chaque âge devait correspondre une réussite, une étape, une case à cocher.
Puis les années ont passé.
Et la vie s'est chargée de me montrer qu'elle ne suit jamais vraiment le scénario que l'on écrit pour elle. Elle prend des détours. Elle ralentit. Elle accélère sans prévenir. Elle nous oblige parfois à recommencer là où l'on pensait avoir terminé. Longtemps, j'ai vu ces imprévus comme des obstacles. Aujourd'hui, je les regarde différemment. Ils ont façonné la personne que je suis devenue.
Ma vingtaine ne ressemble pas à celle que j'avais imaginée adolescente. Elle a été faite de doutes, de remises en question, de changements de direction, de fatigue, de réussites parfois discrètes, de passions qui se sont affirmées et de rencontres qui ont laissé une empreinte. Elle m'a appris que les détours ne sont pas des échecs. Ils font simplement partie du voyage. S'il y a une chose que cette décennie m'a offerte, ce n'est pas la certitude.
C'est la confiance.
La confiance en mes choix.
La confiance en mes valeurs.
La confiance dans le fait que, même lorsque je ne sais pas exactement où je vais, je suis capable d'avancer.
Je crois que c'est ça qui a changé.
Je ne suis plus cette jeune femme qui cherchait sans cesse à prouver quelque chose. Je ne ressens plus le besoin de comparer mon parcours à celui des autres ou de me demander si je suis « au bon endroit » de ma vie.
Je me suis affirmée. Pas en devenant plus bruyante. Pas en ayant réponse à tout. Mais en apprenant à écouter ma propre voix avant celle des autres. Je connais mieux mes limites, mes envies, mes convictions. J'accepte davantage que certains de mes choix ne soient pas compris, parce qu'ils ont simplement besoin d'avoir du sens pour moi.
Et je crois que c'est cette sérénité qui me fait regarder la trentaine avec autant de calme. Je ne sais pas où je serai dans un an.
Je ne sais pas où la vie me mènera dans cinq ans. Je ne sais pas quels rêves se réaliseront, lesquels évolueront ou lesquels laisseront leur place à d'autres. Mais, pour la première fois depuis longtemps, cela ne m'inquiète plus. Il y a quelque chose de profondément apaisant dans le fait d'accepter que tout ne puisse pas être prévu. Que certaines réponses arrivent avec le temps. Et que d'autres ne viendront peut-être jamais.
Pendant longtemps, j'ai cru que grandir consistait à accumuler des certitudes. Aujourd'hui, je pense exactement l'inverse. randir, c'est apprendre à avancer malgré les incertitudes. C'est comprendre que l'on peut être heureux sans maîtriser chaque étape du chemin. C'est accepter que la destination importe parfois moins que la personne que l'on devient en marchant.
Alors non, je n'appréhende pas mes trente ans.
Au contraire.
J'ai le sentiment qu'ils arrivent au bon moment. Non pas parce que j'aurais enfin tout compris. Mais parce que je n'ai plus besoin de tout comprendre pour avancer. Si cette dernière année dans ma vingtaine marque la fin de quelque chose, ce n'est pas la fin de ma jeunesse. C'est la fin de cette nécessité de vouloir tout contrôler. Et c'est peut-être le plus beau cadeau que cette décennie pouvait me laisser.
À l'aube de mes trente ans, je ne sais toujours pas exactement quelle direction prendra ma vie.
Mais je sais une chose.
Je suis en paix avec l'idée de ne pas encore le savoir.
/image%2F1952617%2F20260805%2Fob_213c2c_7d209555-4da6-496b-a4dc-ce526f8d06dd.png)
/image%2F1952617%2F20260805%2Fob_696c9f_banniere-fin-halloween.png)